Pourquoi faire cours dehors ?

5 min
Esther Meunier& Pauline Vallée
🤝 En partenariat avec l'Académie du Climat
Au Royaume-Uni, une étude de 2016 indiquait que 3 enfants sur 4 :
  • Passaient moins de temps dehors que les détenu·es
  • Ne jouaient jamais dehors
  • Ne sortaient prendre l’air qu’une fois par semaine

Tine Nieboer et Alexandre Ribeaud sont deux profs qui organisent des cours en plein air avec leurs élèves (Tine aux Pays-Bas, Alexandre en France). Mathilde Poupée est responsable pédagogique à l’Académie du climat, à Paris. Ils t’expliquent à quoi ça ressemble et pourquoi ils trouvent ça cool ✌️


Les bénéfices

Apprendre, et même juste être en pleine nature → plein d’avantages pour les enfants (et même pour les grandes personnes) :

  • C’est bon pour la santé (physique et mentale), c’est un besoin essentiel de l’enfant d’être dehors et de bouger.

  • C’est bon pour la confiance en soi, parce que les encadrant·es laissent beaucoup de libertés aux enfants (grimper aux arbres, construire des cabanes, jouer avec les vers de terre… c’est OK) : ils sentent que c’est ok et prennent confiance en eux 🤝 « Ça permet aussi de sortir de la stature professeur debout/élèves assis de la salle de classe, ajoute Mathilde. Instinctivement les enfants s’asseyent en cercle, c’est plus inclusif. »

  • C’est bon pour la coopération et la cohésion de classe, avec des enfants qui n’avaient jamais joué ensemble et qui commencent à le faire, « on vit ensemble une aventure forte en quelque sorte, c’est encore plus le cas quand il pleut » explique Alexandre.

  • C’est bon pour l’apprentissage (meilleure concentration) : par exemple une élève qui ne tenait pas en place en classe et dérangeait tout le monde, et qui une fois le nez dans un herbier à l’extérieur a révélé d’autres facettes d’elle-même 🤓 « En extérieur l’attention est moins concentrée sur un seul point (tableau, prof), le regard se déplace, appuie Mathilde. Le cerveau n’est pas fait pour être dans un environnement artificiel avec des choses géométriques immobiles, mais pour voir des choses colorées, en mouvement… Être dehors nourrit ce besoin. »

  • C’est bon pour le langage, parce qu’en vivant ces choses qui changent du quotidien l’enfant a plus envie de les raconter, et ça même les parents le disent que leur enfant est plus bavard en rentrant.

  • C’est bon pour la motivation (dehors ET en rentrant en classe), « les jours où on fait classe dehors, les parents me disent avoir beaucoup moins de mal à faire lever les enfants » raconte Tine ✌️

  • C’est aussi bon pour l’environnement : l’enfant qui au départ craint la nature (c’est sale, il y a des dangers…), il va finir par l’apprécier, et c’est le premier pas pour la protéger !

Même du côté des parents, la mise en place de ces activités en extérieur a été appréciée, Tine explique qu’ « après la longue crise sanitaire, ils et elles étaient content·es que leurs enfants puissent changer d’air ».


À quoi ça ressemble concrètement

Quand ? Tine et Alexandre organisent leurs sessions « plein air » 1 fois par semaine avec leurs élèves, sur une matinée de classe. Même en hiver. Même quand il pleut.

« Il n’y a pas de “mauvais temps”, juste de mauvais vêtements. »
Tine Nieboer

? Alexandre a testé le parc de la Villette (à Paris) et le square à côté de son école, Tine va carrément dans une forêt proche 🌲 L’Académie du Climat organise certains de ces ateliers, comme celui sur la biodiversité en ville, dans sa cour végétalisé (qui contient un jardin pédagogique).

Comment ? On peut faire classe dehors de plein de manières différentes :

  • Faire les mêmes cours que d’habitude, mais juste en extérieur plutôt que dans la salle de classe.
  • Faire les mêmes cours que d’habitude, mais en utilisant la nature pour apprendre. « Quand j'enseigne les maths, j'essaie d'utiliser les éléments qui nous entourent, raconte Tine. Par exemple, dessiner un carré sur le sol avec des branches, pour mieux comprendre le concept de la forme carrée. »
  • En profiter pour faire cours sur la nature, par exemple enseigner les noms des insectes, des oiseaux, des plantes…
  • Ne pas faire cours et laisser les élèves jouer librement. « On explique les règles, et ensuite on les laisse faire pendant 2 heures, explique Alexandre. Ils vont jouer au loup etc, puis ensuite chacun va aller voir les autres et travailler avec eux : tu veux construire une cabane, de quoi t’as besoin… »

C’est que pour les bébés ? Malheureusement oui, un peu, selon Mathilde : « En France, la nature n’est pas prise au sérieux, les cours dehors c’est étiqueté “pour les petits” ». Cette option existe quand même pour des collégien·nes et lycéen·nes. Par exemple, une collègue d’Alexandre en lycée professionnel a commencé par donner ses contrôles dehors, dans un parc, et a constaté que ça se passait mieux ! Pareil pour les sessions révisions, où les élèves étaient plus concentré·es.

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😎 T’en veux plus ?

Si t’as envie de convaincre tes profs de passer à l’action, tu peux leur filer :

  • Le kit spécial « Classe hors les murs » du Réseau Canopé
  • Le site d’Alexandre Ribeaud avec plein de conseils pour monter son propre projet
  • Le livre L’enfant dans la nature, de Moïna Fauchier Delavigne et Matthieu Chéreau
  • L’Académie du Climat a organisé en janvier une une semaine de l'éducation dédiée aux activités en extérieur. Elle a entre autres proposé un webinaire « Écoles en ville : comment sensibiliser les enfant à la nature ? » pour des étudiant·es en Institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE). « Les animateurs du périscolaire, les médiateurs et les profs sont en demande d'outils pour emmener les enfants dehors ! On veut devenir un vrai lieu qui partage ces outils et ces ressources… » ajoute Mathilde.
Se reconnecter à la nature en 6 étapes

👀 Sources

Ministère de l’Éducation du Danemark - Rapport sur le développement de l'école de plein air (2018)
Interview de Tine Nieboer, enseignante en primaire à Amsterdam (Pays-Bas)
Interview d’Alexandre Ribeaud, enseignant en maternelle à Paris
The Guardian - « Three-quarters of UK children spend less time outdoors than prison inmates – survey »

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Esther Meunier
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Pauline Vallée
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